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Zeitschrift für Sozialforschung

Volume 7, Issue 1/2, 1938

Herbert Marcuse
Pages 55-89
DOI: 10.5840/zfs193871/249

Zur Kritik des Hedonismus

Idealism has always struggled against the hedonistic trends in philosophy which see the goal of existence in the happiness of the individual and which identify happiness with pleasure. Idealism insists that happiness is a subjective concept which makes man dependent upon chance and accident. Happiness, it holds, does not lead beyond the particular interests of the individual, whereas the progress of mankind, reason in history, demands the subordination of particular interests to the whole. So long as happiness is defined as the state of satisfaction of the isolated individual, it must remain an abstract concept. It expresses the condition that the satisfaction of one individual within an antagonistic society is only possible at the expense of another. The essential relationships between men cannot be permeated with happiness when the life process of society is driven on by work for the sake of profit and mere self-preservation» when the destiny of the individual is shaped by the blind mechanism of the market. Only brief moments of immediate pleasure are possible. To the extent that hedonism holds firmly to the subjective demand for happiness in the face of the demands of a reified world, it expresses a materialist protest. This protest, however, is itself imprisoned within the antagonistic society, in that it is concerned with the satisfaction of the isolated individual. But the concept of happiness points beyond the isolation of the subject. His personal pleasure and satisfaction is not necessarily happiness, his immediate interest is not necessarily his real interest. The content of happiness is to be approached through a consideration of its truth. The needs and satisfactions of the individual are not given once and for all, but are determined by the social relationships in which they arise. Until now they have borne the stigma of universal injustice and lack of freedom. The disciplining of the masses for the modern labor process has brought with it corporal and spiritual atrophy, suppression, and incapacity for happiness. Real happiness presupposes a transformed organization of society, in which the realization of individual potentialities will no longer be diverted by internalization and no longer made meaningless by competition. In its real form, happiness is identical with freedom. It ceases to be merely a subjective feeling and becomes the real constitution of mankind. Les doctrines hédonistes de la philosophie, qui voyaient dans le bonheur le but de l’existence individuelle et qui confondaient le bonheur avec le plaisir, ont toujours été combattues par l’idéalisme. On leur opposait que le bonheur est un principe subjectif, qui soumet les hommes à l’arbitraire et au hasard. Le bonheur ne saurait être l’essentiel, car le bonheur ne mène pas au delà des intérêts particuliers des individus. Le progrès de l’humanité, la raison dans l’histoire exigent la subordination des intérêts particuliers à l’universel. Si longtemps que le bonheur est déterminé comme l’état de satisfaction de l’individu isolé, il reste un concept abstrait. Il dénote un état de fait : dans la société antagoniste, la satisfaction de l’individu n’est possible qu’aux dépens des autres. Le travail en vue du profit et de l’intérêt strictement personnel est constitutif du procès social, la destinée de l’individu dépend des mécanismes aveugles du marché : dans ces conditions toutes les relations entre les hommes ne peuvent être fondées sur le bonheur. Pour celui-ci ne subsistent que le loisir et la jouissance immédiate. Dans la mesure où l’hédonisme maintient la prétention subjective au bonheur, face aux exigences de l’universalité devenue chose, il représente une protestation matérialiste. Mais la protestation reste elle-même liée à la société contradictoire dès lors qu’elle s’arrête à la satisfaction de l’individu isolé. Le concept de bonheur dépasse l’isolement du sujet. La joie, le consentement de celui-ci n’est pas encore bonheur, son intérêt immédiat n’est pas encore son intérêt authentique. Il est légitime de poser à propos du contenu du bonheur la question de vérité. Besoins et satisfactions des individus ne sont point encore données ultimes, ils sont constitués par les rapports sociaux dans lesquels ils apparaissent. Jusqu’à ce jour dans l’histoire, les besoins portent la marque de la non-liberté et de l’injustice générales. Pour former les masses à la discipline moderne du travail, on les a mutilées physiquement et psychiquement, on les a condamnées à refouler leurs désirs. Onlesarendues dans une large mesure incapables de jouissance. Le bonheur réel suppose une forme autre de la société dans laquelle l’accomplissement des possibilités individuelles ne sera plus détourné par l’intériorisation, ni privé de sens par la concurrence. En sa figure véritable, le bonheur est identique à la liberté, il cesse d’être un état affectif purement subjectif et devient la constitution réelle de l’humanité.

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