Proceedings of the XXIII World Congress of Philosophy

Volume 27, 2018

Phenomenology

Socratis Delivoyatzis
Pages 155-162

Phénomène et dialectique

Le champ phénoménal de l’expérience avec son horizon d’historicité permet la conversion du «rationalisme dogmatique» en «rationalisme méthodique» qui pense l’histoire totale au-delà de l’idéalisme (celui d’un cogito intemporel, d’un pour-soi inattaquable) et du réalisme (celui d’un monde en-soi où la subjectivité se laisserait expliquer unilatéralement). Ce rationalisme méthodique reconnaît la pensée d’une existence enracinée dans l’opacité d’un monde qui englobe les événements tout en résistant aux projets d’un sujet conçu comme ek-stase. Le dilemme de l’être-en-soi et de l’être-pour-soi reçoit ainsi une autre signification par la découverte de l’être-au-monde dont la finitude et le côté contingent apparaissent moins comme une limite que comme une donnée ontologique fondamentale. En conséquence, une théorie de la vérité doit prendre en considération la passivité de la conscience dont l’activité se manifeste dans l’intériorisation de tous les aspects de l’histoire intégrale ou globale (économique, politique, social) qui se réunissent à travers un acte de langage plus sourd que le simple langage articulé. Un approfondissement de la dialectique du phénomène telle que nous la suivons au cours de notre recherche, qui nous amènera à poser plus explicitement la question du fondement du visible et plus généralement du sensible, après avoir abordé le problème principal du rapport sens-signification dans un univers de perception structurale, dévoilera par la suite ses principales composantes: la corporéité incarnant le sujet et le rapprochant du monde et des choses perçus, l’indivision temporalité-spatialité assurant la cohésion d’une vie en dispersion et s’imposant comme condition de toute rationalité. Aussi sommes-nous en présence de trois phénomènes cardinaux, celui de la perception, celui de histoire et celui de expression, qui pourraient regrouper tous les actes humains émanant d’une relation quelconque avec l’extériorité (monde-nature, choses, autrui) sans la conscience de laquelle aucun éclatement d’«être» n’aurait eu lieu. L’élaboration d’une pensée de chiasme, dont l’origine est contenue dans la praxis même de son actualité (ενέργεια), indiquera l’importance du monde intersubjectif ou vécu (Lebenswelt) comme berceau des significations et sol de toutes nos expériences antéprédicatives; elle entraînera en outre un élargissement de la rationalité et égalera la «compréhension» d’une chose perçue ou d’une doctrine à un effort de «ressaisir l’intention totale (...,) l’unique manière d’exister (...,) la formule d’un unique comportement à l’égard d’autrui, de la Nature, du temps et de la mort».