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Roczniki Filozoficzne

Volume 11, Issue 1, 1963

Paweł Śliwa
Pages 55-71

Le Problème du Réalisme Immédiat du Monde Extérieur dans l’Existentialisme Thomiste

Ce que Fauteur se propose de résoudre dans le présent article, c’est la question de savoir si nous constatons immédiatement (directement dans la chose donnée, sans raisonnement) l’existence de la chose se trouvant en dehors du sujet connaissant, existence conçue dans l’esprit du thomisme existentiel (E. Gilson; en Pologne surtout Albert Krąpiec). Nous connaissons l’existence des choses extérieures par nos sens extérieurs. Y a-t-il, dans les données fournies par les sens, un fondement pour la constatation immédiate de l’existence des choses en dehors du sujet connaissant? Nous cherchons ce fondement séparément dans les données des sens particuliers, parce qu’une conviction justifiée de l’identité de la chose saisie en même temps par plusieurs sens, s’appuie sur un raisonnement, et non pas sur une connaissance immédiate. Vu que les objets donnés par le toucher, l’odorat et le goût, ne se présentent point comme décidément distincts du fait de sentir l’objet donné ,(p. ex. la résistance m’apparaît dans une certaine mesure comme ma sensation d’un obstacle), et que ce sont les couleurs et les sons qui apparaissent comme décidément distincts des sensations subjectives, nous limiterons notre analyse aux contenus fournis par la vue et l’ouïe. Dans la connaissance visuelle et auditive, un certain contenu m’est donné immédiatement comme présent devant moi et indépendant de mon activité consciente (p. ex. cette tache jaune, cette voix). Je n’ai pas la conscience de le produire, mais, seulement, de le constater. La présence de l’objet en tant qu’indépendant de mon activité consciente, présence caractérisant selon L. Noël et F. Van Steenberghen déjà la réalité qui existe en dehors du sujet, n’est pas suffisante comme indice de l’existence des choses extérieures dès qu’on adopte la conception de l’être propre au thomisme existentiel. Dans ce dernier, la chose existant, c’est la chose qui a son existence propre qui, par rapport à celle-ci, constitue le sujet immédiat. La chose extérieure à laquelle une telle existence est attribuée, ne saurait dépendre ni de l’activité consciente du sujet connaissant, ni, non plus, de l’activité inconsciente de ce dernier. L’exemple de l’objection typique visant l’objectivité de notre connaissance du monde extérieur, nous permet de bien voir que la présence d’un contenu donné en tant qu’indépendant de l’activit,é consciente du sujet connaissant, ne préjuge pas encore une existence en dehors du sujet et ne fournit pas de témoignage suffisant à son endroit. Dans les perceptions successives il s’agit de contenus différents d’une chose donnée comme une seule et même chose. Par exemple une surface jaune (un mur) vue de la distance de quelques mètres se présente comme uniformément jaune, tandis que de près elle apparaît comme un ensemble de différentes taches jaunes. Dans chaque cas, le contenu qui m’est donné se présente devant moi comme indépendant à l’égard de mon activité consciente. Cependant la même chose ne peut pas être en même temps telle et non telle (car autre). Quelque peu modifiée, cette argumentation peut être appliquée aussi à l’ouïe. De ce que nous venons de constater, il ne résulte point que les sons et les couleurs n’existent pas du tout dans le monde extérieur. Il en résulte seulement que ce ne sont pas toutes les couleurs et tous les sons donnés immédiatement, qui existent dans le monde extérieur. Parmi les couleurs et les sons différant selon la distance de la perception, .il peut y avoir formellement, dans le monde extérieur, une couleur, et un son (nous ne tranchons pas cette question). Mais dans la couleur ou le son qui me sont immédiatement donnés, il n’existe aucune raison pour qu’on y distingue ceux qui effectivement existent dans le monde extérieur. Une telle distinction, et par consiéquent aussi la constatation de l’existence effective de la réalité extérieure, n’est possible que si l’on a recours au raisonnement, s’est-à- -dire déjà à la voie de la connaissance médiate. À partir de cette analyse — en ce qui concerne la vue et l’ouïe — et en tenant compte du caractère imprécis de la limite séparant l’objet et la perception de quelque chose par le sujet dans le cas des trois autres sens, nous concluons: le témoignage des sens extérieurs n’est pas un fondement suffisant pour une constatation immédiate, existentiellement comprise, de l’existence de choses extérieures; il n’est pas donc suffisant pour le réalisme immédiat du monde extérieur. C’est le réalisme médiat qui offre beaucoup plus de possibilités à la constatation de l’existence de choses extérieures.

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