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Chiasmi International

Volume 13, 2011

Merleau-Ponty Fifty Years After His Death

Marta Nijhuis
Pages 285-314
DOI: 10.5840/chiasmi20111318

Specchio, Specchio Delle Mie Brame
Sulla soglia della reversibilità, l’ardore libidico delle immagini

Miroir, miroir de mes désirs Au seuil de la réversibilité, la libido ardente des images En parcourant les perspectives de Lacan, Merleau-Ponty et Deleuze, je me propose de montrer comment l’image – une image dont le rôle, depuis Platon, a été réduit par la métaphysique occidentale à celui de simple copie – rend possible une pensée nouvelle non dualiste, une pensée ouverte par le désir, c’est-à-dire par ce qui dépasse tout dualisme simpliste et qui trouve dans l’image sa voie privilégiée. L’image du miroir – considérée par le platonisme comme le simulacre par excellence, comme l’emblème de la copie déformante et trompeuse d’un modèle originaire harmonieux – donne à voir bien plus qu’elle ne nous montre : comme Lacan le remarquait dans son célèbre essai de 1949, devant le miroir, nous nous découvrons, comme les enfants, sujets du monde, mais aussi, inévitablement, sujets au monde. Le «je» – dont nous sommes in-formés par l’image du miroir – s’abîme, par cette même image, dans les l’inquiétante étrangété de l’autre, et par suite dans les gorges insondables de son désir. Si l’image du miroir nous permet d’embrasser la totalité de notre corps et d’apprécier en un regard notre statut de sujet, ce regard nous est toutefois restitué – aveugle et insistant – sous la forme d’un objet partiel (objet a) qui nous interpelle comme sujets désubjectivés, comme sujets castrés, ou encore comme simples « taches » dans la peinture du monde. L’image fixée par l’enfant dans le miroir fonde, paradoxalement, l’idée traditionnelle du sujet comme pôle dynamique de la relation je-monde. Comme le remarque Slavoj Žižek, en commentant Lacan, la capacité dynamique du sujet se fonde en somme sur une fixation excessive de l’image du sujet lui-même, fixation qui trouve son origine absente dans le regard entendu comme objet a, c’est-à-dire comme point aveugle de la conscience, lieu d’acquisition et de perte qui, par la castration du sujet, ouvre la plaie libidineuse et pulsionnelle de l’inconscient et renverse par là le désir de l’homme en désir de l’autre, comme le rappelle une célèbre formule de Lacan. Longtemps considérées comme porteuses d’illusions, comme l’illusion en tant que telle, les images nous montrent en fait la vérité de cette illusion : le monde est déformation et réversibilité, et nous-mêmes, prétendus sujets faisant face à son tableau inerte, n’en sommes que des taches. Au cours des mêmes années durant lesquelles Lacan élabore une théorie du regard, Merleau-Ponty, son interlocuteur direct – qui se réfère lui aussi au comportement de l’enfant devant le miroir – réfléchit sur la question du « en-être », c’est-à-dire de la réversibilité de la chair, ce tissu de différences qui nous constitue – les animaux et les choses – comme autant de plis d’un horizon commun. Pour Merleau-Ponty comme pour Lacan, dans une telle perspective, le sujet ne se défi nit pas positivement, mais comme écart par rapport à lui-même, comme coupure dans la peau de la conscience, comme plaie ouverte sur l’inconscient et sur le désir qui en jaillit abondamment. Ainsi, voir dans le miroir que, comme disait le poète, « je est un autre », implique que l’image soit libérée de son statut dévalorisant de « seconde chose » hérité du platonisme. Cela inaugure, en fait, une pensée sans dualisme. Gilles Deleuze travaillera lui aussi dans ce sens, lorsqu’il théorisera un renversement du platonisme à partir des images, dans son essai de 1966 Renverser le platonisme. Historiquement, le commencement de la philosophie a coïncidé avec la recherche d’une origine, d’une archè. Mais un monde où les relations nées du désir tracent des itinéraires imprévisibles, où le je et l’autre ne se distinguent plus, où sujet et objet ne connaissent plus de frontière, où la copie cesse de présupposer le modèle, un monde ainsi fait, a-t-il encore une origine accessible ? Confronté à cette question essentielle, Merleau-Ponty théorisera – une fois encore à partir de la vision –, au lieu d’une origine en soi préétablie, un originaire en perpétuelle explosion. De son côté, Deleuze élaborera quelque chose d’analogue, à partir de la réflexion sur le cinéma qui l’occupera dans les années 1980 : il « encapsulera » les extases temporelles dans une image-miroir, une concrétion cristalline à plusieurs facettes où le monde se différencie sans cesse, dans un éternel retour. Mirror, Mirror of my Desires On the Threshold of Reversibility, the libidic Passion of Images In a journey through the perspectives of Lacan, Merleau-Ponty and Deleuze, I shall show how images – the images that from Plato on have been relegated by Western metaphysics to the role of mere copies – allow us to trace the direction of a new and non-dualistic thought, a direction opened up by desire, that is to say, by something exceeding any simplistic dualism and fi nding precisely in images its privileged channel. The specular image – conceived by Platonism as the simulacrum par excellence, as the emblem of the deforming, deceiving copy of a harmonious preliminary model – makes us see more than it actually shows: as Lacan remarked in a renowned essay published in 1949, since childhood, in front of the mirror, we discover ourselves as subjects of the world, but also – and inevitably – as subjected to the world. The ego – of which we are in-formed by the specular image – is turned, through that very image, into the obscure, uncanny chasm of the other, and, consequently, in the unfathomable vortex of the other’s desire. Indeed, if in the mirror we can embrace the whole of our body and catch with a single gaze its status of subject, by the mirror that very gaze is however returned – blind and insistent – as a partial object (objet a) summoning us as desubjectivized subjects, as castrated subjects ($), namely, as mere “stains” in the picture of the world. Quite paradoxically, the image fixed by the child in the mirror founds the traditional idea of the subject conceived as the dinamic pole of the relation between the ego and the world. In short, as Slavoj Žižek remarks commenting on Lacan, the dinamic capability of the subject is grounded on an excessive fixation of the image of the subject itself, fixation which finds its absent origin in the gaze meant as object a, namely, meant as that blind point of consciousness, that point of acquisition and loss which, by castrating the subject, opens the acies of the libidically throbbing wound of the unconscious and turns, to borrow a renowed Lacanian expression, man’s desire into the other’s desire. For long considered to herald illusions, images show us the truth of illusion itself: the world is deformation and reversibility and we – presumed subjects in front of its inert picture – are, on the contrary, its “stains.” In the same years in which Lacan was elaborating a theory of gaze, Merleau-Ponty, who was then a direct interlocutor of his, was articulating – by referring, as Lacan did, to the child’s behaviour in front of the mirror – a series of important reflections over the problem of the en-être, that is to say, over the problem of the reversibility of flesh, i. e., that differential fabric constituting us – animals and things – as variegated gatherings of a common horizon. For Merleau-Ponty, as well as for Lacan, according to such a perspective, the subject, far from being defined in a positive way, is defined by a gap in relation with its own self, that is to say, by a cut in the skin of consciousness, by a wound opening to the unconscious and to the desire spurting abundantly from the subconscious. To see in the mirror that, as the poet said, “I am an Other,” is to free images from the status of “second things” with which Platonism had dismissed them; it is, in other words, to inaugurate a non-dualistic thought. For his part, Deleuze will also engage in the same direction by theorizing a reversing of Platonism from the very standpoint of images in his 1966 essay Renverser le platonisme. The beginning of philosophy has historically matched with the search for an origin, namely, an arké. But in a world in which the relations inaugurated by desire trace unpredictable itineraries, in a world in which the ego and the other can no longer be distinguished, in a world in which the subject and the object know no more boundary lines, in a world in which model and copy cease to exist as the presupposition of one another, in such a world, I said, is it still possible to find an origin? By measuring himself with such a crucial question, Merleau-Ponty will theorize – once again from the standpoint of vision – an “originating in perennial explosion” instead of a narrow, pregiven origin. For his part, Deleuze will elaborate something similar (similar in a Deleuzian way, of course, that is to say, similar from the standpoint of a basic difference) in his reflection on cinema, which will keep him busy in the first half of the eighties, by capsulating the temporal dimensions in a mirror-image, i. e., a crystalline concretion in whose facets the world perennially becomes in an eternal differential return.

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